Au Royaume-Uni, 10 000 plaintes contre les restrictions bancaires sur les cryptos
Stand With Crypto a recensé en 90 jours des plaintes de clients de toutes les circonscriptions, Lloyds en tête. Ces données volontaires restent à nuancer.

En bref
- Lloyds Banking Group concentre 2 297 réclamations, soit 23 % du total, devant Barclays et NatWest Group.
- Les données viennent d’un outil en ligne militant : elles ne permettent pas de calculer un taux de rejet des paiements.
- Barclays, NatWest et Santander UK affichent des plafonds de transfert vers les plateformes crypto.
- Coinbase juge les restrictions générales injustifiées et réclame un examen au cas par cas.
Le groupe de défense Stand With Crypto (SWC) a recueilli 10 092 réclamations visant des restrictions bancaires sur les achats de cryptomonnaies au Royaume-Uni, selon CoinDesk. Un outil en ligne a servi à les déposer, entre mai et août.
Un rapport qui chiffre le mécontentement
Ces plaintes proviennent d’environ 9 800 personnes (9 803 selon le Journal du Coin) et couvrent les 650 circonscriptions du pays. Le rapport, intitulé « Blocked : Britain’s Crypto Access Problem », porte sur des paiements vers des plateformes crypto bloqués ou limités. SWC y présente un problème d’accès aux plateformes réglementées, au-delà des litiges isolés.
Lloyds en tête, des politiques publiées très variables
Lloyds Banking Group, qui inclut Halifax et Bank of Scotland, totalise 2 297 réclamations, soit 23 % de l’ensemble. Barclays en compte 1 569 et NatWest Group 1 278.
Fait notable : d’après la revue des sites bancaires menée par SWC au 28 août, Lloyds n’a publié aucune politique limitant les transferts liés aux cryptos. Revolut, qui permet d’acheter des cryptos dans son application, figure aussi parmi les établissements visés.
Par type de politique, 61 % des réclamations concernent des banques aux limites publiées, 28 % des banques sans restriction affichée et un peu moins de 10 % des banques qui interdisent totalement les cryptos.
Les plafonds affichés par les banques
| Banque | Par opération ou par jour | Sur 30 jours |
|---|---|---|
| Barclays | 2 500 livres par transaction | 10 000 livres |
| NatWest | 1 000 livres par jour | 5 000 livres |
| Santander UK | 1 000 livres par transaction | 3 000 livres (glissants) |
| Chase UK | 1 000 livres par jour | 5 000 livres |
Chez NatWest, un transfert inférieur au plafond peut subir des contrôles supplémentaires. Chez Santander UK, la limite vaut pour les virements depuis les applications, les services en ligne ou les agences. Selon le Journal du Coin, la page actuelle de Chase UK autorise les paiements depuis son application vers un compte du client auprès d’une entreprise enregistrée à la FCA, mais refuse les achats crypto par carte. CoinDesk range pourtant Chase parmi les banques qui interdisent les cryptos : les deux médias divergent.
Des données à lire avec prudence
Un chiffre plus élevé ne traduit donc pas forcément un taux de réclamation plus élevé pour une banque.
Les banques invoquent surtout le risque d’escroquerie. Depuis le 7 octobre 2024, le dispositif britannique impose le remboursement de certaines fraudes au virement autorisé (APP), jusqu’à 85 000 livres par dossier, pour les virements éligibles par Faster Payments ou CHAPS. Ce n’est pas une assurance générale couvrant les pertes en cryptomonnaies. Ce régime n’explique pas à lui seul les restrictions : NatWest avait annoncé ses plafonds dès mars 2023.
Coinbase et SWC réclament un traitement au cas par cas
Katie Harries, responsable de la politique européenne de Coinbase, juge qu’« A country cannot credibly invite innovators in while allowing banks to lock consumers out ». Coinbase se dit enregistrée auprès de la FCA mais soumise aux mêmes restrictions générales que le reste du secteur, les virements bancaires étant pour elle une voie d’alimentation essentielle.
Elle cite une étude du UK Cryptoasset Business Council : 40 % des transferts tentés vers des exchanges enregistrés auprès de la FCA ont été bloqués ou retardés sur les 12 mois précédents, et 70 % des exchanges estiment les conditions bancaires plus hostiles qu’un an plus tôt. Selon elle, les banques « should take a case-by-case approach, not choke off the entire sector. »
SWC demande que les banques publient des explications claires de leurs restrictions et offrent aux clients de vrais moyens de contester un transfert bloqué. Elle juge les restrictions générales disproportionnées au regard de la gestion du risque.
Le contexte politique pèse : le Royaume-Uni a annoncé son soutien au secteur en 2023 sous Rishi Sunak, alors chancelier, et Lucy Rigby, secrétaire économique au Trésor, l’a réitéré il y a moins d’un an sous un gouvernement travailliste. Le gouvernement et la FCA préparent un régime réglementaire complet.
Photo : George Morina / Pexels



