Web3 cinq ans après, les NFT s’effacent et la DeFi tient
Des plateformes NFT ferment l’une après l’autre, tandis que le prêt décentralisé et les bons du Trésor tokenisés pèsent toujours des milliards de dollars.

Cinq ans après la bulle de 2021, les marchés NFT fondés sur la revente ont largement disparu, tandis que les stablecoins, le prêt décentralisé et les actifs tokenisés ont continué de croître, selon un bilan publié le 10 octobre par le Journal du Coin. Ce bilan laisse volontairement de côté le bitcoin et l’ether pour s’intéresser aux récits nés autour de la blockchain.
En bref
- Le contraste entre ces deux montants dit beaucoup de la période.
- « les cartes sont devenues des actifs financiers dès leur sortie et ont attiré des spéculateurs avant d’attirer des joueurs »
- L’immobilier, longtemps vanté comme l’usage phare, reste en retrait : environ 457 millions de dollars à l’été 2026, avec peu d’échanges et des biens conservés longtemps par leurs détenteurs.
Une bulle mesurée à l’aune de deux enchères
Le contraste entre ces deux montants dit beaucoup de la période. Sina Estavi avait déboursé 2,9 millions de dollars en 2021 pour le jeton représentant le tout premier message publié par Jack Dorsey. Un an plus tard, il en réclamait 48 millions. Aucun acheteur ne s’est présenté à ce prix, et la transaction n’a jamais eu lieu.
Le jeu vidéo avait suivi le même élan. À la fin de 2021, Axie Infinity affirmait réunir près de 3 millions de joueurs actifs chaque jour, pour moitié aux Philippines. Sur place, des joueurs surnommés « scholars » touchaient entre 5 000 et 10 000 pesos hebdomadaires en revendant les récompenses obtenues dans le jeu.
De Ronin à Fantasy Top, la séquence des fermetures
- Le bridge Ronin, sur lequel s’appuie Axie Infinity, subit un piratage d’environ 620 millions de dollars.
- La chute de Terra aggrave le repli de l’ensemble du marché.
- Axie tombe à quelque 250 000 joueurs quotidiens, loin de son pic de 2,7 millions ; l’éditeur Sky Mavis poursuit néanmoins le développement.
- GameStop clôt sa place de marché NFT et rappelle à ses clients qu’ils peuvent échanger leurs jetons ailleurs.
- Gemini limite Nifty Gateway aux seuls retraits ; la plateforme ferme un mois après.
- Fantasy Top annonce son arrêt.
Le cas de Fantasy Top est parlant. Apparu en 2024, ce jeu de cartes NFT représentant des figures connues du réseau X a figuré parmi les dix protocoles qui généraient le plus de frais et aurait redistribué plus de 20 millions de dollars à ses joueurs. Son cofondateur résume l’échec du modèle.
« les cartes sont devenues des actifs financiers dès leur sortie et ont attiré des spéculateurs avant d’attirer des joueurs »
Kipit, cofondateur de Fantasy Top
Ce qui a tenu, ou rebondi
La française Sorare a pris un autre chemin. Elle a supprimé environ 35 % de ses postes fin 2025, ouvert un mode gratuit en janvier 2026, puis bouclé une levée de fonds en septembre. Entre janvier et juin 2026, l’entreprise revendique plus de 100 000 acheteurs de cartes parmi ses managers, soit davantage qu’en 2021.

Côté finance décentralisée, l’exemple d’Aave éclaire le mécanisme : les emprunteurs versent des intérêts, dont une fraction revient aux déposants qui prêtent leurs fonds. Ce modèle n’a pas évité la chute, mais il a permis la reprise.
| Indicateur | Repère antérieur | Au 24 septembre 2026 |
|---|---|---|
| Offre de stablecoins adossés au dollar | 162 Md$ fin 2021 | 311 Md$ |
| Encours empruntés sur Aave | Repli de près de 85 % en 2022, niveau de 2021 dépassé fin 2024 | 13 Md$ |
| Valeur totale bloquée (TVL) dans la DeFi | Environ 163 Md$ au sommet de 2021 | 94,9 Md$ |
La croissance des stablecoins géants contraste donc avec une DeFi qui, dans son ensemble, reste en deçà de son record.
La tokenisation, terrain des acteurs financiers traditionnels
Le nouveau front consiste à représenter sur une blockchain des actifs déjà cotés ailleurs. Les blockchains publiques portaient 38,6 milliards de dollars d’actifs tokenisés au 24 septembre 2026, contre près de 23 milliards fin 2025. Les bons du Trésor américain en constituent la plus grosse part, avec environ 15 milliards.
BlackRock illustre cette arrivée. Le gestionnaire a lancé en mars 2024 BUIDL, un fonds monétaire tokenisé qui représente aujourd’hui quelque 2,8 milliards de dollars ; ses parts peuvent passer d’un investisseur autorisé à un autre directement sur la chaîne.
L’immobilier, longtemps vanté comme l’usage phare, reste en retrait : environ 457 millions de dollars à l’été 2026, avec peu d’échanges et des biens conservés longtemps par leurs détenteurs.
Photo à la une. Source : Pexels. Photographe : Yan Krukau. Licence Pexels.



